Les pavés de ma rue... (37)
Lundi 10 avril 2006 37
... Quand on est petit dans l'âge, le temps passe pas vite, on voudrait en une seule nuit grandir, mais le matin la réalité ne dépasse pas la fiction. On se regarde dans le miroir et on voit qu'une petite tête de rate avec de grands yeux chiasseux !
A force de me comparer à ce rongeur mal aimé une idée se forge dans mon esprit déjà rebelle... A part l'école à deux patés de maison, MOI je sortais d'une ruelle de paveton truffée de crottes de chien, je mettais cinq minutes d'un bon pas, en passant je prennais la fille de la concierge du 15 et direct le CP !
J'avais des frusques complètement ringards, des bottines qui prennaient l'eau, des chaussettes de mauvaise laine qui me grattaient les pattes, une robe déjà trop longue... mes fournitures scolaires étaient réduites au plus simple, heureusement que ma copine ALINE me prêtait en douce le matériel qui me faisait défaut et me donnait ses bouts de crayon, en plus mon père malgré tout voulait que j'apprenne vite et bien ...
On était presque à la fin du siècle, de quel siècle ?
Du dix neuf ou du vingt ?
Le dix neuf dans mon cas aurait été le plus approprié... ( Je suis une ZOLAIENNE )...
Des bidonvilles de la périphérie de mon grand-père à la ville bidon du moment pas grande différence... la misère avait été déplacée et encore replacée au delà de la barrière ! Les immeubles vétustes ont été démolis pour laisser place à des résidences cossues, de même les rats éjectés manu-militari, restait plus que les irréductibles vivants dans les égouts...
Les problèmes relationnels avec mes frères AZIZ et OMAR commencèrent vers mon âge de neuf ans, ils faisaient une bonne paire pour me mener la vie dure... pendant mon absence, ils cachaient mes cahiers de devoir, gribouillaient sur mes livres de géo ou d'histoire, cassaient les mines de mes crayons...
Ma mère ne voyait rien, elle était la plupart du temps dans la cuisine à préparer le repas, mon baba en ce temps là travaillait dans le bâtiment, hélas comme manoeuvre et lorsqu'il rentrait vers six heures, après ses ablutions il voulait dîner de bonne heure et se coucher également tant la journée avait été dure !
Le soir la télé était mise en sourdine, de toute façon ma mère ne comprennait pas, et mes frères se chamaillaient pour les programmes, quant à MOI couchée sous la table je regardais d'un oeil en douce le petit carré et de l'autre j'apprenais mes leçons...